La mairie de Paris a une curieuse idée de la démocratie. Lors de l’enquête sur le PLU, voté en 2006, le maire avait renoncé à y inclure des tours, mais il avait lancé un sondage sur ce sujet. Il avait été surpris du taux inhabituel de réponse, puisque 175 000 Parisiens avaient répondu pour dire, à 63 %, qu’ils étaient contre les tours.

Qu’à cela ne tienne ! En 2008, le Maire fait approuver par sa majorité le lancement d’une étude pour créer des tours sur une dizaine de sites à la périphérie de Paris.

Il promet une vaste « concertation », comme si les 110 250 opposants aux tours de 2006 étaient des abrutis qu’il allait convaincre en un tournemain.

Mais, pourquoi des tours ?

Pour le maire, il s’agissait de répondre à la crise du logement en créant par densification beaucoup plus de logements.

Ceci est un faux argument, cependant très porteur, auprès des « hommes de bonne volonté » qui souhaitent résoudre la crise du logement.

Sait-on que la Défense est moins dense que Paris ?

Mais les tours ne logeront pas plus de monde si les règles d’urbanisme, telles que le prospect ne sont pas modifiés.

C’est là le point crucial qui démontre que tour n’équivaut pas à densification !

A leur pied les tours engendrent des espaces désolés, venteux, mal entretenus, qui détruisent la continuité des linéaires des rues, agrément de notre ville.

Le prospect est la règle qui impose, devant chaque façade, un vide proportionnel à sa hauteur.

Le promeneur, dans la rue, doit pouvoir voir le ciel lorsqu’il lève les yeux au-delà d’une oblique à 45° élevée depuis une hauteur d’homme.

La règle est : H = P + 2 ; H = hauteur de la façade ; P = distance par rapport au front bâti opposé.

En 2006 la règle est déjà écornée, car H passe à P + 3. En 2008, la Ville de Paris, par modification prévue du PLU veut en rajouter une couche avec un H = P + 4 !

Des tours pour la mixité des activités ?

Cette utopie a la vie dure, mais les réalités du marché immobilier, la loi sur la copropriété et la législation très protectrice des locataires interdisent ce rêve de certains urbanistes en chambre qui voudraient, pour animer les quartiers mêler bureaux, logements et commerces dans les mêmes tours.

Aucun investisseur privé ne s’intéressera à cet hybride ingérable où locataires de bureaux, propriétaires ou locataires d’appartement, et commerçants ont des intérêts divergents.

Sous la pression de certains aménageurs publics, les expériences faites ont été de vraies catastrophes financières et urbanistiques.

Des tours pour faire moderne et réactiver le dynamisme économique de Paris ?

Donc, pour créer des bureaux, c’est-à-dire des emplois ? Mais où les implanter ? Sur les dix sites répertoriés par la municipalité. C’est-à-dire le long du périphérique, où subsistent encore quelques friches disponibles, en saupoudrant donc ces implantations. Or le marché de bureaux a besoin de concentration. Tout le monde connaît la lenteur de commercialisation de la tour isolée de la porte de Pantin restée vide des années, comme celles de la porte de Bagnolet.

Ce ne sont pas quelques tours de bureaux, dans des sites désolés, entre autoroutes et voies de chemin de fer qui redonneront de l’attractivité à la place de Paris.

D’ailleurs, qu’on ne s’y trompe pas, les PLU et autres règles d’urbanisme, à Paris, n’ont d’effet que sur une surface infime de notre ville, puisqu’il n’y a pas de foncier disponible.

Les tours sont faites pour satisfaire l’ego de notre maire, d’une petite camarilla d’architectes mégalomanes, et de quelques grands groupes d’entreprise du BTP.

Nous voulons préserver le Paris que nous aimons et que plus de 75 millions de visiteurs annuels plébiscitent aussi.

Au cours des siècles tous les urbanistes ont voulu préserver le paysage de notre ville, où les monuments émergent d’un bâti de R+5 qui donne des perspectives admirables.

Donc, hommes de bonne volonté qui ne voulez pas passer pour des réactionnaires frileux, et sans culture, n’ayez pas peur de vous opposer aux tours dans Paris, qui sont de fausses solutions.

Mais si Paris veut se mesurer aux grandes agglomérations économiques du monde, c’est dans son futur SDRIF et dans le concept du Grand Paris que les réflexions doivent porter. Il nous faut sortir du « périph » et nous entendre avec les collectivités territoriales voisines.

François Douady

Président de la « Coordination »

Vice-président de XVIe DEMAIN

Rédigé en 2008