Le site d’une ville se lit à travers ses points hauts. Les tours, disproportionnées par rapport au vélum parisien, attirent l’attention comme un paratonnerre la foudre. La hauteur est-elle une valeur en soi ? Christian de Porzamparc, en 2010, se souvenait de son vertige devant les Twin Towers à New-York, aujourd’hui disparues : « Ces tours étaient tellement abstraites et vertigineuses qu’elles n’avaient même plus de dimension relativement à la ville…   Elles semblaient curieusement être tombées du ciel…  elles étaient au-delà du commentaire ».

Effectivement, celles de la Défense forment un ensemble intéressant.

A Paris, c’est différent. Les repères emblématiques, tel le Dôme des Invalides ou le Dôme du Panthéon passent au second plan. Avec eux, sont écrasés toute une richesse architecturale, la mémoire du passé, l’ordonnancement des rues, les grands boulevards où la pierre de taille se marie heureusement avec les frondaisons… brèves un Paris que l’on admire dans le monde entier !

Des perspectives vont être gâchées à cause de covisibilités qui vont déclasser des monuments historiques emblématiques. Par exemple, la tour Triangle sera en ligne de mire du Dôme des Invalides, dans la perspective qui part des marches du Sacré-cœur. Ce sera la même chose pour les tours Duo qui feront un ” bonnet d’âne ” (avec d’autres) au Dôme du Panthéon, dans la vue depuis l’Arc de Triomphe.

Les tours de Masséna et de Bercy se verront depuis les Berges de la Seine, classées au patrimoine mondial de L’UNESCO. Cette pollution visuelle risque de coûter leur classement.

Vers l’Est, les tours vont former une barrière visuelle du sud du 13e jusqu’à Bercy en passant par celles des Olympiades, puis celles de la rue Dunois, de Masséna et par les hautes barres de la Très grande bibliothèque…  Paris en paraîtra rétréci, confiné à ses simples frontières, alors que son élargissement à la métropole du grand Paris vient d’être décidé.

Pourquoi le lobby pro-tours leur attribue-t-il autant d’attractivité ? De l’aveu même de Bossard, le dirigeant d’UNIBAIL responsable de la tour Triangle, elles ont indéniablement valeur de totem. Vers elles se projette volontiers  la force sécurisante du père, telle que la ressent l’enfant.

Autrement dit, l’homme du XXIe siècle se conduit comme les indigènes de l’Île de Pâques qui érigeaient des statues représentant leurs ancêtres et se faisaient concurrence pour savoir qui réaliserait la plus haute.

Ce faisant, il fait une projection infantile de qualités qui n’existent pas.

Les grandes entreprises, notamment les banques, étaient autrefois tentées d’installer leur siège social dans une tour pour lui conférer une valeur totémique.

Cela risque fort de se terminer à cause d’un chef d’œuvre d’architecture moderne en avance sur son temps, voulu par Bloomberg à Londres pour son centre consacré à la finance internationale. Ce multimilliardaire, 10e fortune mondiale, a choisi l’architecte Norman Foster pour réaliser un bâtiment de dix étages alors que vingt-deux étaient autorisés.

Il rejette la hauteur, la rupture à la mode d’Anne Hidalgo, et préfère l’osmose avec l’environnement, la place de l’homme dans l’univers.  Pour toute recherche esthétique, des ailettes en bronze brun clair coupent les vitrages sur toute leur hauteur en façade. Leur forme est une allusion à la cathédrale qui se trouve à l’intérieur, structurée autour d’une vaste rampe hypotrochoïde, boucle tridimensionnelle lisse et continue. Celle-ci traverse l’espace comme indéfiniment sur toute la hauteur du bâtiment et dessert des ” open plan ” larges de plus de 100m, etc.

Les simples empilements de surfaces de plancher de Jean Nouvel ou de Herzog et De Meuron sont dépassés. Le déhanchement des tours Duo comme la forme pointue de la tour Triangle n’en paraissent que plus ridicules.

Patrice Maire

Président de Monts14