DES TOURS À PARIS ?

Les membres de notre association portent un regard avant tout sur le quartier Paris Rive Gauche, puisque nous l’avons vu naître autour de notre site appelé « les Frigos » qui est un lieu de création et de production depuis 1980. Toutefois, constatant que la majorité municipale favorise la construction des tours à Paris, nous élargissons notre « terrain d’action » au-delà de notre périmètre initial.

Lors de la création de la ZAC PRG il n’y avait ni tours, ni immeubles de grand hauteur autour, que des bâtiments industriels et les multiples rails de la gare d’Austerlitz.

Suite à l’annonce de l’aménagement de l’Est parisien, les maquettes commandées par les élus présentaient des volumes, des gabarits semblables à ce que Paris connaît. Dès la création de la Concertation en 1997 nous voulions faire bénéficier le quartier de notre expérience puisque notre bâtiment d’activité est un exemple de la manière dont les activités de production peuvent être maintenues dans Paris dans des immeubles au gabarit parisien. Ce travail de réflexion tourné vers les ateliers de création et de production a été heurté par l’annonce de construction de tours de bureaux de à l’endroit même où plusieurs associations demandaient à l’aménageur de produire un village d’activité avec les fonctions qui manquaient sur PRG. Cela a commencé par les tours Duo de très grande hauteur, puis peu après celles annoncées sur Bercy Charenton. Cette volonté de soi-disant modernisme des tours s’est concrétisée par la première pelletée donnée pour les « Duos » en 2017.

Avant d’aller au général, nous parlerons donc de ce cas particulier, que nous avions déjà décortiqué lors de l’Enquête publique pour faire ressortir de manière lisible notre opposition aux tours en général dans le Paris historique.

Moins pour parler du skyline parisien, bien défendu par nombre d’associations mais parler d’économie et de mixité en ville.

Comme nous le disons souvent : défendre la ville verte et la ville raisonnable dans son esthétique tel que défendu par les écologistes en particulier, rejoint notre pensée qui emprunte un autre chemin, celui d’être économe et ne pas souhaiter la construction des nouveaux temples des puissants m’as-tu-vu à l’architecture tape à l’œil, souvent se contentant de « façadisme ». L’un des exemples des années en arrière est l’Arche de la Défense. Exploit dans sa technicité à la construction, spectaculaire dans sa forme, une adresse prestigieuse mais renfermant des bureaux aux petites fenêtres donnant sur l’espace intérieur assurant peu de lumière aux usagers.

Les tours bien souvent fonctionnent de la sorte. Ainsi va du « concombre » de Londres qui jaillit en hauteur et dont la forme n’est là que pour intriguer, mais qui n’assure pas aux occupants une distribution confortable des espaces. La soi-disant modernité des tours s’exprime quand tout va bien dans leur aspect extérieur, sans réellement apporter un plus pour l’occupant quant aux espaces intérieurs. De plus, elles ne permettent que d’y installer des bureaux, puisque des appartements dans cette configuration, en tout cas à Paris, auraient des prix peu compatibles avec la grande majorité des demandeurs. Assurer la mixité de la ville ne passe surtout pas par ces tours. Même à Manhattan des voix se lèvent contre de nouvelles tours.

Gardons les hauteurs du Paris que nous connaissons, avec moins de personnes par immeuble. Les gabarits modestes sont plus raisonnables du point de vue des mesures de sécurité et donc des coûts. Des immeubles au gabarit « parisien » peuvent aussi favoriser un minimum de convivialité.

Essaimer des points d’exclamations prétentieux dans ce tissu urbain déjà dense n’est pas un signe de modernité, loin de là. Coûteux, elles jettent de l’ombre, écrasent les quartiers.

Doit-on céder aux entreprises internationales qui veulent coûte que coûte une adresse parisienne et marquant le paysage par ces verticalités brutales pour assurer leur propre visibilité ? Paris s’agrandira, ses limites seront repoussées, aucune nécessité d’entasser encore et encore des m2 « intra-muros » superposés vers les nuages.

Ce n’est pas être conservateur que de dire cela. Il y a des endroits qui supportent les tours, certainement pas Paris qui a déjà une énorme densité. Des immeubles recevant des milliers de personnes créent des empilements d’anonymes, en dehors des considérations déjà évoquées.

La ville doit évidemment évoluer et elle peut le faire sans ces excès prévus.   Beaubourg, l’IMA et quelques autres réalisations ont montré qu’il est possible de changer la ville, créer, inventer, sans faire « disparaître » le quartier alentour.

En donnant ces exemples nous ne labellisons pas certains architectes au détriment d’autres. Tout ceci concerne le maître d’ouvrage, public ou privé qui ont ces tentations ces et qui conduisent les architectes vers ces réalisations contestables.

Nous n’approchons pas tous le sujet de la même manière, mais additionnons nos voix puisque Paris n’a rien à gagner à aller gratter les nuages.

Paris, 2018

 

(Association dans les ex-Entrepôts Frigorifiques)

Participe depuis 1997 à la concertation PRG – Fondée en 1992