Jamais l’association  SOS-Paris n’a porté aussi malheureusement son nom. En effet, la situation s’avère catastrophique avec une bétonisation excessive et désolante, Paris voit son paysage urbain saccagé par l’érection de gratte-ciel qui le défigure et de surélévations motivées par la seule spéculation immobilière. 

«Au secours Paris!»

Le Paris des riches l’emporte dorénavant sur le Paris composite qui participait de son charme. Les décideurs focalisés sur la fin du XIXe siècle privilégient le gratte-ciel d’ores et déjà dépassé, l’Exposition universelle et les Jeux olympiques, événements d’une autre époque, tout en affirmant se préoccuper du dérèglement climatique, de la qualité de l’air et du bien-être des habitants!

Lorsqu’on observe Paris depuis les hauteurs de Meudon, par exemple, on découvre une ville encerclée de gratte-ciel, patauds, surdimensionnés, non intégrés qui écrasent le reste de la ville, aux espaces verts de plus en plus rares. Empruntant aux heures de pointe les transports publics on mesure l’incroyable inconfort de ceux-ci et leurs réguliers et récurrents dysfonctionnements.

Le gratte-ciel, expression du capitalisme américain arrogant de la fin du XIXe siècle est dès cette époque dénoncé. Sa critique (il est énergivore, moins dense que des immeubles mieux agencés sur une parcelle identique, inurbain – chacun est enfermé dans son étage -, c’est une impasse en hauteur qui ne «fait» pas ville et se transforme vite en gated community, il soliloque et porte son ombre sur les habitations voisines…) est toujours valable.

Actualisant, cette année, les données de ma dénonciation de «la folie des hauteurs», publiée en 2008, je n’ai pu qu’admettre leur pérennité. Un rapport de deux chercheurs britanniques, High Rise Buildings: Energy and Density rendu public en juin 2017, confirme que plus les immeubles sont hauts et vitrés, plus ils consomment d’énergie et plus encore si ce sont des immeubles de bureaux.

Au «droit à la ville » que réclame les citadins, nous devons ajouter le «devoir de ville », cette culture des trois qualités propres aux villes (urbanité, diversité et altérité) combattue sans relâche par les partisans des gratte-ciel qui feignent d’ignorer que ces constructions appartiennent à la même logique du toujours plus qui repose sur les centres commerciaux, l’étalement urbain, les autoroutes, la mort des bourgs, la transformation de petites villes en cité- dortoir, les «événements» internationaux, le tourisme massifié, etc. Il est temps d’y opposer la logique du toujours mieux pour tous et chacune et chacun!

Thierry Paquot