Le Conseil de Paris a décidé de porter la limite de hauteur des immeubles dans la capitale de 37 à 50 mètres et de lancer une étude sur une dizaine de sites devant recevoir des tours (Immeubles de Grande Hauteur supérieure à 50 mètres).

Sous la pression des architectes, nos politiques veulent laisser leur trace dans l’histoire, par des symboles de puissance qui s’élèvent au-dessus de la Ville. Les tours des cathédrales ont été les emblèmes de la foi incorporés dans notre environnement. Aujourd’hui, les tours sont les symboles d’une prouesse architecturale.

Pour leur édification, tous les arguments sont avancés : la grandeur de la capitale, le développement économique, le manque de logements, le besoin de réduire les déplacements, …

L’architecture de Paris n’est pas compatible avec l’édification de tours. Paris s’est construit en respectant son site vallonné. Paris, avec ses perspectives, ses monuments chargés d’histoire, ses rues façonnées au fil des siècles suscite un engouement mondial et ne peut supporter des tours qui pourraient être situées dans n’importe quelle autre ville du monde !

Les défigurations de Paris ont été suffisamment nombreuses au cours du dernier siècle pour que nous devenions prudents sur des constructions hétérogènes sur ce site exceptionnel.

Certes, l’étalement urbain est préoccupant. Il occasionne des déplacements individuels longs et polluants.

Faut-il alors accroître la densité urbaine à proximité des transports en commun pour pallier cet étalement ? La construction de tours devient-elle indispensable en pleine ville ? Non car la densité est la même avec une tour ou du bâti haussmannien. L’implantation des bâtiments le long des rues se heurte au principe de notre urbanisme, qui impose devant chaque façade, un vide proportionnel à sa hauteur (voir page 6).

De plus, au prétexte que le réseau de transport en commun souterrain parisien est meilleur qu’en banlieue, il faudrait densifier Paris. Le métro parisien est déjà saturé. Accroître la densité urbaine dans Paris pour pallier le manque de logements est une aberration sans amélioration du réseau de transport.

Vouloir ériger des hautes constructions de verre, de béton et d’acier est une erreur. Paris dans ses limites actuelles doit être préservée de ces grands « gestes architecturaux ».

En revanche, le grand Paris doit être un territoire de réflexion pour de tels projets qui associeront urbanisme et architecture.

Claude Muyard

Président de XVIe DEMAIN

Rédigé en 2008